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Le vice-directeur du Secrétariat d’Etat à l’économie, Eric Scheidegger, livre des prévisions inquiétantes.
Le cours plancher de l’euro par rapport au franc a été abandonné il y a déjà plus d’un an par la Banque nationale suisse (BNS). Une hausse du PIB (produit intérieur brut) helvétique de 0,9% en 2015 a démontré la capacité d’adaptation de nombreuses entreprises du pays et de leur personnel. Mais le franc fort continuera de faire mal. Le vice-directeur du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), Eric Scheidegger, confirme que trois secteurs resteront affectés en priorité par le poids du franc par rapport à l’euro: le commerce de détail, le tourisme et l’industrie des machines.
L’ex-conseiller personnel de l’ancien président de la Confédération, Pascal Couchepin, s’attend en effet à l’accélération d’importants changements structurels dans ces trois branches. De telles perspectives paraissent de mauvais augure pour l’emploi. Les activités à faible valeur ajoutée se révèlent de plus en plus exposées à des mesures de délocalisation, voire d’abandon.
Dur labeur pour la BNS
Aux yeux d’Eric Scheidegger, ces réalités persistent donc, bien qu’en un an l’euro se soit sensiblement apprécié par rapport au franc. Il vaut aujourd’hui plus de 1,10 franc après être passé par la parité. Pour préserver cette situation, la tâche de la BNS devrait toutefois se compliquer.
Des taux d’inflation sur un an très inférieurs à l’objectif de la Banque centrale européenne (BCE), près de 2%, ont en effet été observés ces deniers mois: en décembre 0,2%, janvier 0,3% et février –0,2%. Tout cela laisse présager des décisions des gouverneurs de la BCE – lors de leur prochaine assemblée les 9 et 10 mars – visant à affaiblir la monnaie unique.
Le vice-directeur du SECO ne se hasarde à aucun pronostic sur l’issue du grand meeting de Francfort. Il vient toutefois d’accorder une prévision lourde de sens au quotidien financier zurichois Cash: «Le franc restera assurément fort par rapport à l’euro cette année.»
Dans ce contexte, le grand meeting de Francfort des 9 et 10 mars peut inspirer des inquiétudes légitimes à de nombreux acteurs de l’économie helvétique. «Les prévisions d’inflation en zone euro ont en plus plongé une nouvelle fois cette semaine, prévient Constantin Bolz, stratège en devises chez UBS. Du coup, la question du jour est la suivante: l’euro s’affaiblira-t-il déjà avant le conseil des gouverneurs ou seulement après? A ce jour, nous partons de l’idée que le président de la BCE, Mario Draghi, préférera ne pas décevoir. Nous nous attendons donc à un euro encore plus faible, jusqu’à 1,06 franc. Même si un dépassement de 1,10 est probable à moyen terme.»
Un dollar également faible
Fabrizio Quirighetti, chef des investissements chez Syz Asset Management (Suisse) SA, prévoit lui-même un euro à la baisse: «Il faut s’attendre à des mesures de la BCE visant à rendre encore plus accommodante sa politique monétaire, et, par ricochet, à affaiblir certainement l’euro. Non seulement l’inflation reste bien en dessous de son objectif, mais les quatre grandes économies de la zone euro se retrouvent avec des chiffres d’inflation négatifs.»
Les mesures de quantitative easing (assouplissement quantitatif de la monnaie mise en circulation) de la BCE, annoncées le 22 janvier 2015 et appliquées depuis le 9 mars de la même année, n’auraient-elles pas porté leurs fruits? «Pour ceux qui s’attendaient à ce que l’assouplissement quantitatif dope la croissance économique et crée artificiellement de l’inflation, il est clair que c’est un échec. Je pense cependant qu’il a été utile et l’est toujours», évalue Fabrizio Quirighetti.
L’économiste prévoit en outre que les devises des principaux partenaires commerciaux de la Suisse (euro, dollar et livre sterling) resteront faibles en l’absence de forte remontée des taux d’intérêt aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, et d’une BCE encore plus accommodante.
24heures |